La guerre biologique (1933-1945) : population de l’Allemagne et des pays voisins

par Sully Ledermann  Du même auteur

      Alfred Sauvy  Du même auteur

Résumé

En 1933, le changement de régime survenu en Allemagne a entraîné une « perturbation » démographique. Le cours suivi jusque là a été rompu, tant dans les pays voisins qu’en Allemagne, d’une part par la politique nataliste du régime national-socialiste, d’autre part par la guerre et, notamment, les destructions volontaires causées chez les peuples voisins. La question s’est posée de faire le bilan général de cette « perturbation » et de comparer la situation actuelle des diverses populations à celle qu’il eût été logique de prévoir si le cours suivi antérieurement avait été maintenu. De tels calculs présentent, de toute évidence, une part d’arbitraire, à cause de l’imprécision de certaines données de base et de la fragilité des hypothèses sur le « cours normal » des événements. Néanmoins, il a paru intéressant de présenter les résultats de ces recherches, parce qu’ils permettent de déterminer au moins des ordres de grandeur et qu’ils sont suffisamment riches en enseignements. Les calculs ont porté principalement sur l’Allemagne, la France et la Pologne (1). Les perturbations apportées ne sont pas nécessairement l’œuvre directe du gouvernement national-socialiste. Certaines résultent du traité de paix, lui-même conséquence de la guerre. Sur l’Allemagne, on constate trois influences : a) action sur la natalité, b) effet de la guerre sur la mortalité, c) transformation de nationaux d’autres pays en nationaux allemands. Sur la France, il y a deux perturbations principales : l’action de la guerre sur la mortalité et sur la natalité. Sur la Pologne, on note surtout une forte action destructive (mortalité) et la transformation de nationaux polonais en nationaux allemands. Nous appellerons « population éventuelle » celle que l’on aurait observée, à une époque donnée, sans la « perturbation » dont nous voulons mesurer les effets.