La fécondité des ménages canadiens au début du XVIIIe siècle

par Jacques Henripin  Du même auteur

Résumé

Nous avons signalé l’an dernier, dans Population, quelle extraordinaire richesse démographique étaient les registres paroissiaux. L’exploitation que M. Jacques Henripin vient de faire du dictionnaire généalogique de C. Tanguay, établi à partir des registres paroissiaux du Canada, en est une frappante illustration. L’ensemble des résultats obtenus paraîtra prochainement dans un cahier de l’I.N.E.D. Cet article traite seulement de la fécondité des ménages canadiens, il y a deux siècles. Nous la savions très élevée; désormais nous la chiffrons par des taux de fécondité légitime, comme pour une population moderne, réalisant ainsi un bond en arrière impressionnant. En outre, l’auteur nous donne des renseignements rarement connus, même dans les populations actuelles; les documents de base les plus courants, bulletins d’état civil ou bulletins individuels, contiennent en effet moins de données qu’une généalogie sérieuse. Enfin, cette étude d’une population non malthusienne ajoute à nos connaissances dans le domaine, encore mal connu, de la fécondité naturelle. Elle montre, par exemple, que la non limitation des naissances n’aboutit pas à la naissance d’un enfant par an chez les couples encore fertiles, comme on a pu le croire et l’écrire. Mieux, même, elle en fournit les raisons et apporte des éléments de réponse à une question fort débattue, celle de la stérilité temporaire liée à l’allaitement. La réponse est d’ailleurs de nature à satisfaire tout le monde : tout en étant loin d’être absolue, la stérilité pendant l’allaitement est cependant assez fréquente pour avoir une influence notable sur la fécondité.