Aperçus de la démographie de Sotteville-lès-Rouen vers la fin du XVIIIe siècle

par Pierre Girard  Du même auteur

Résumé

A la fin d’un récent article (La population française au XVIIe siècle, Population, 1958, n° 4) M. Marcel Reinhard a écrit: « La connaissance de l’histoire de la population française commence à devenir précise et intelligible, grâce aux efforts parallèles des démographes et des historiens. Les méthodes attestent leur valeur, le matériel documentaire est en voie d’exploration et d’exploitation, et, du même coup, la connaissance des phénomènes démographiques s’améliore. » Ajoutons que ces progrès doivent beaucoup à M. Reinhard, qui a dirigé quelques-uns de ses élèves vers la démographie du passé et a permis que s’instaure une collaboration fructueuse et amicale entre les démographes et les historiens. Dans un premier temps, des étudiants ont dépouillé sur fiches une partie des registres paroissiaux de localités de Seine-Maritime; ils ont, à partir de ces fiches, étudié une partie de la démographie ancienne de ces localités, mais sans l’épuiser, la reconstitution des familles n’ayant pas été faite. Dans un deuxième temps, d’autres étudiants ont reconstitué les familles — selon les méthodes et grâce aux conseils de l’I. N. E. D. — et tiré de cette reconstitution les principaux résultats qu’elle permet d’obtenir. D’autre part, la reconstitution des familles par des personnes n’ayant pas effectué le dépouillement des registres constituait une expérience intéressante. Elle allège en effet considérablement la tâche ď établissement des fiches et permet de faire porter l’effort sur l’interprétation. Cette méthode suppose que les deux temps de l’enquête s’accomplissent conformément à des règles éprouvées permettant au second travailleur d’utiliser les données du premier sans inconvénient. On a constaté ici qu’il fallait insister plus qu’on ne l’a fait dans le Manuel sur les variations orthographiques des noms de famille. Le premier travail ainsi mené à bien concerne Sotteville-lès- Rouen; le dépouillement et l’exploitation sommaire ont été effectués par M. C. Piolé; la reconstitution des familles et l’étude qui en découle par M. Pierre Girard, qui présente ici les résultats qu’il a obtenus. II faut, nous semble-t-il, souligner que ces résultats diffèrent assez sensiblement de ceux de Crulai, déjà publiés, et de ceux d’autres paroisses encours d’étude. Ces différences sont faites pour nous inciter à la prudence quand nous sommes tentés de généraliser des résultats locaux; elles doivent aussi nous inciter au travail, puisqu’on n’aura une vue d’ensemble de la démographie du passé que lorsqu’on aura étudié un nombre assez important de populations-échantillons. Souhaitons que de nombreux diplômes d’études supérieures suivent celui de M. Girard et que par eux se construise cette démographie du XVIIe et du XVIIIe siècle dont nous savons maintenant qu’elle peut être édifiée.