Les populations d’Afrique Noire et de Madagascar : Enquêtes et résultats récents

par Gérard Théodore  Du même auteur

      Robert Blanc  Du même auteur

Résumé

Les lacunes et les défauts de la documentation sur les populations d’Afrique Noire et de Madagascar ont été maintes fois décrits. Commune à tous les pays peu développés, cette situation revêt toutefois, dans les pays de la zone franc, une physionomie particulière. L’Administration n’a en effet longtemps procédé à des dénombrements que selon des méthodes impropres. La circulaire de février 1909 demandait, par exemple, que chaque année soit réalisé un inventaire exhaustif de la population dont il devrait être tiré une demi-douzaine de tableaux différents. Une documentation ainsi rassemblée, souvent avec beaucoup de peine, ne pouvait qu’être fort sommaire, imprécise et surtout (par suite de la rotation des chefs de poste et de la diversité de leurs méthodes de travail) non comparable dans le temps et dans l’espace. Cette documentation, régulièrement « mise à jour » passait pour correspondre aux besoins dits « courants » de l’Administration. C’est ce qui explique, sans doute, autant que le manque de statisticiens qualifiés, que la première enquête scientifique (celle de Guinée) naît pu être entreprise qu’en 1954-1955, alors que des sondages démographiques avaient déjà été effectués dès 1948 en Rhodesie du Sud, dans l’Est africain britannique et au Ghana (ex Côte de l’Or) en 1950 et 1951 en Rhodesie du Nord, en 1952 au Ruanda-Urundi et qu’un recensement complet de la population de la ville de Lagos (Nigeria) avait été exécuté en 1950. Encore faut-il souligner que l’enquête de Guinée a demandé deux ans de démarches préparatoires auprès des services responsables et qu’il a fallu utiliser quatre sources de financement pour en assurer la réalisation. Certes, les conditions ont bien changé puisque les services de statistiques, ceux de la Métropole comme ceux des États de la Communauté, ne suffisent plus, il s’en faut même de beaucoup, à satisfaire les demandes d’enquête. Celles-ci sont la conséquence de deux phénomènes différents, dont la convergence explique le développement de la demande en matière démographique. Peu planifiée avant 1939, l’économie de ces pays a au contraire été stimulée, à partir de 1946, par des plans successifs. Pour établir des programmes, il fallait faire le point dans les divers domaines et notamment dans le secteur de la population. De plus, la croissance démographique en Afrique du Nord, puis à Madagascar a gagné l’Afrique Noire, créant de nouveaux besoins.