L’inégalité sociale devant la mort dans la première moitié du XXe siècle

par Edmonde Vedrennevilleneuve.  Du même auteur

Résumé

L’influence du niveau social sur la mortalité est une préoccupation des temps modernes. Sans doute, les populations très mal nourries ou privées du strict nécessaire ont-elles toujours été plus mal placées que les classes supérieures largement pourvues. Mais, pour un grand nombre de causes de décès, les hommes se trouvaient dans des conditions peu différentes. En tous cas, jusqu’à la vaccination de Jenner, la médecine étant impuissante à réduire la mortalité, l’inégalité des conditions ne créait pas une infériorité dans la lutte proprement thérapeutique. Il en fut autrement, lorsque la médecine fut parvenue à une certaine efficacité. A l’inégalité traditionnelle devant la vie s’ajouta une inégalité supplémentaire devant la mort, les hommes ne pouvant qu’inégalement se procurer les remèdes et les soins nécessaires. Cette inégalité a particulièrement retenu l’attention après la Restauration. Mais sa mesure statistique s’est heurtée à des difficultés techniques considérables. A la Commission de la Population des Nations-Unies, le représentant de l’Union soviétique s’est, à diverses reprises, élevé contre la faiblesse de la documentation statistique sur ce sujet, l’attribuant à une volonté de cacher un profond défaut de la société capitaliste. S’il avait raison sur le premier point, par contre, il ignorait combien la tâche est difficile, de nos jours encore, sur le plan technique. D’ailleurs, l’Union soviétique ne publie pas de statistiques de décès, selon les diverses catégories sociales. Celles-ci présentent certainement des différences, malgré l’importance des progrès accomplis depuis quinze ans dans la lutte contre la mortalité. En France, parmi les nombreux travaux faits sur ce sujet, on peut citer deux études de l’I.N.S.E.E., pour l’époque contemporaine. L’inégalité devant la mort a reculé au XXe siècle, par suite de l’amélioration des conditions de vie des travailleurs, de l’institution de la Sécurité sociale et des progrès importants réalisés contre les maladies, dites sociales, comme la tuberculose. Il serait intéressant de savoir à quel moment cette inégalité a connu son niveau maximal. Mais la documentation disponible n’a pas permis jusqu’à présent de donner une réponse même approximative. Mme E. Vedrenne-Villeneuve a concentré surtout ses recherches sur la première moitié du XIXe siècle et présente ici les résultats de ses travaux.