La reproduction humaine en régime malthusien. Un modèle de simulation par la méthode de Monte-Carlo

par Albert Jacquard  Du même auteur

Résumé

Depuis une quinzaine d’années, les recherches entreprises en France et aux Etats-Unis sur la fertilité de l’espèce humaine (fécondité naturelle) ont fait d’importants progrès. Grâce aux travaux de L. Henry, P. Vincent, R. Potter, M. C. Sheps, pour ne citer que certains des principaux chercheurs en ce domaine, il a été possible d’isoler les facteurs dont dépend la fécondité; les concepts de fertilité et de temps mort notamment ont permis de mieux comprendre les causes de variation de celle-ci d’une population à une autre. Dans une récente étude, M. C. Sheps et J. C. Ridley ont montré comment, avec les divers paramètres pour lesquels des valeurs numériques peuvent être estimées, il était possible de reconstituer, grâce à une simulation, le régime de reproduction d’une population. Peu à peu dans de nombreuses populations, s’est accentué l’écart entre la fertilité (fécondité naturelle) et la fécondité réelle. C’est ainsi que, dans une société ne recourant pas aux pratiques antinatales, la proportion de femmes de 45 ans ayant eu au moins six enfants dépasse généralement 75 %; au recensement de 1946 en France, cette proportion n’était que de 8 %, et au recensement de 1960 aux États-Unis, elle n’était, pour les femmes blanches, que de 7 %. La formulation d’un modèle de la reproduction humaine doit donc tenir compte de la contraception : l’éventualité d’une conception doit alors être considérée comme dépendant non seulement des possibilités physiologiques des intéressées mais plus encore de leurs attitudes à l’égard des pratiques contraceptives. M. A. Jacquard, chargé de recherches à l’I.N.E.D., donne ici les résultats de ses importants travaux sur le sujet.