Jeunes femmes et vieux maris : la fécondité des mariages précoces

par Hubert Charbonneau  Du même auteur

Résumé

Charbonneau Hubert. — Jeunes femmes et vieux maris : la fécondité des mariages précoces. Les premières femmes nées au Canada se sont mariées très jeunes, ce qui permet de mesurer l’effet de la précocité du mariage sur la fécondité. A l’aide de dictionnaires généalogiques de valeur éprouvée, on a pu réunir pour 241 familles complètes de femmes mariées avant 20 ans, les dates exactes de mariage et de fin d’union en plus de la date de naissance de la femme. Il ressort en premier lieu que l’intervalle entre le mariage et la première naissance diminue très rapidement suivant l’âge au mariage, de 12 à 17 ans. En second lieu, la fécondité après 20 ans est plus faible chez les femmes mariées avant 17 ans. De même l’âge à la dernière maternité augmente avec l’âge au mariage : les femmes les premières pubères seraient aussi les premières stériles en moyenne. D’autre part, l’effet de l’âge du mari se manifeste légèrement et uniquement quand celui-ci a au moins dix ans de plus que son épouse. Une forte descendance paraît enfin être associée à une faible mortalité après 45 ans. Les femmes les plus précoces seraient non seulement les moins fécondes mais également les premières décédées, parmi celles qui sont encore mariées à 45 ans. En moyenne, plus une femme devient stérile jeune, plus elle meurt jeune. Dans ces conditions, la forte fécondité européenne constatée durant la transition malthusienne dépendrait partiellement du relèvement de l’âge au mariage et l’effet aurait donc été contraire à celui qu’on recherchait.