I. Principes d'analyse

Principes et pratique des perspectives démographiques : six sujets corrigés

par Patrick Festy  Du même auteur

Résumé

Festy (Patrick). – Principes et pratique des perspectives démographiques: six sujets corrigés Les principes sur lesquels s’appuient les projections de population sont les mêmes que ceux qui fondent l’analyse démographique. L’enseignement des perspectives démographiques est donc un prolongement naturel de l’enseignement de l’analyse. On l’illustre par six sujets de devoirs destinés à des étudiants de troisième cycle sur le modèle de ce qu’avait fait Roland Pressât avec la Pratique de la démographie. On fait apparaître successivement le poids des hypothèses dans la détermination de l’évolution future de la population, la reprise des techniques de l’analyse après inversion des mécanismes qui conduisaient des nombres bruts vers les indices, les liaisons entre les flux de renouvellement d’une population et le stock de celle-ci. Les résultats des calculs projectifs ne sont que le reflet des hypothèses qui les ont sous tendus. En confrontant les populations par âge obtenues avec divers jeux d’hypothèses dans une projection pour les Etats-Unis en 1980, on retrouve une expression des indices d’immigration, de mortalité et de fécondité qui ont alimenté ces perspectives. En outre, les hypothèses ne sont que l’aboutissement des analyses qui ont permis la compréhension des mécanismes du renouvellement passé. Par exemple, les pronostics des couples américains sur leur propre fécondité sont eux-mêmes des objets d’analyse à partir desquels on peut extrapoler vers l’avenir les comportements, ce ne sont pas des substituts à l’analyse qu’on pourrait utiliser à l’état brut. L’analyse transforme un matériau brut en produit apuré. Les projections procèdent en sens inverse en réintroduisent la lecture transversale des résultats, à partir d’une logique des calculs généralement longitudinale, ou la concurrence entre les phénomènes, quand les hypothèses sur l’évolution de ceux-ci les expriment «à l’état pur». Les deux exemples retenus sont davantage des « projections rétrospectives » que des perspectives réelles. On montre d’abord comment retrouver les nombres annuels de nouveaux porteurs ou décédés du SIDA à partir d’hypothèses sur le déroulement de la maladie dans les cohortes, puis comment évaluer le nombre de décès militaires en 1914-1918 à partir du nombre d’hommes manquants dans les recensements ultérieurs. Les projections démographiques s’appuient sur la connaissance de la population initiale et tirent leur fiabilité de l’inertie de ce stock, que le renouvellement ne modifie que lentement. Stroumiline l’a illustré, il y a longtemps, en montrant que la population active de la Russie des années 1930 était déjà écrite dans les résultats du recensement de 1920. En contre partie, la nécessité est impérieuse de rechercher les stocks d’où sont issus les flux de reproduction. On cherchera ainsi, dans l’évolution prévisible du nombre de statisticiens, la source où viendra s’alimenter la population de l’Institut international de Statistique. La construction et le maniement des projections sont un exercice précieux de transposition des outils de l’analyse, mais aussi une occasion d’ouvrir largement le champ d’application de cette dernière.