Hétérogénéité des générations et âge extrême de la vie

par Elisabetta Barbi  Du même auteur

      Graziella Caselli  Du même auteur

      Jacques Vallin  Du même auteur

Résumé

Les gains récents d’espérance de vie pour les personnes âgées ont considérablement contribué à l’augmentation de l’espérance de vie dans les pays développés. Les personnes âgées et très âgées atteignent des âges qui étaient inimaginables il y a 30 ou 40 ans. Ces progrès d’espérance de vie sont-ils dus à l’augmentation de la longévité d’une part croissante de la population? Ou bien s’agit-il des signes avant-coureurs de nouveaux sommets qui pourraient annoncer une « extension » de la courbe de survie? Pour mieux comprendre les mécanismes en jeu, on doit faire appel à des modèles qui prennent en considération l’hétérogénéité de la fragilité individuelle.
Nous analysons ici les trajectoires de mortalité de femmes françaises nées entre 1820 et 1879. Nous appliquons un modèle de fragilité classique et un modèle de fragilité combiné permettant de tenir compte des différences individuelles à la fois pour le niveau de mortalité et pour le rythme de vieillissement. Avec les trajectoires de survie ainsi obtenues, nous avons tenté d’estimer la durée de vie maximale. De plus, une approche non paramétrique a été appliquée aux femmes centenaires nées en France entre 1870 et 1879, afin d’estimer l’âge extrême au décès. Les résultats confirment que l’hétérogénéité de la population est sans doute un facteur important des dynamiques de la mortalité aux très grands âges. En particulier, le modèle de fragilité combiné pourrait permettre une meilleure adéquation avec les données et une plus grande précision de l’estimation de la durée de vie maximale. Nous voyons clairement émerger une tendance à l’augmentation de la durée de vie, sans que l’on puisse cependant établir l’existence ou non d’une limite.