Démographie d’une académie

L'Académie des sciences (Institut de France) de 1666 à 2030

par Henri Leridon  Du même auteur

Résumé

Une académie constitue généralement une société fermée : on y entre par élection, on en reste membre jusqu’à son décès, et l’effectif total demeure le plus souvent immuable sur une certaine période. La démographie d’un tel corps fermé est simple : le nombre annuel des entrées est conditionné strictement par celui des « sorties », c’est-à-dire des décès, qui est une donnée exogène. Il en résulte que le rythme des entrées et la durée de présence dans le corps sont complètement liés, et qu’ils dépendent aussi de l’âge à l’élection. Dans un contexte d’augmentation de la durée de vie (grâce à la baisse de la mortalité au-delà de 60 ans), l’âge moyen de la population ne peut qu’augmenter, sauf à recruter des membres de plus en plus jeunes et à réduire, ipso facto, le taux de renouvellement. Une solution plus efficace consiste à fixer un âge à partir duquel le poste est déclaré vacant.
Dans le présent article, nous rappelons d’abord les principaux mécanismes en jeu dans une population stationnaire. Nous proposons ensuite un bref historique de l’Académie des sciences, de 1666 à 2001, ainsi qu’une reconstitution de l’évolution de sa population (1 039 membres au cours de cette période). Après quelques comparaisons avec d’autres académies, nous présentons finalement des résultats de projections effectuées à horizon de 30 ans, sur la base de diverses hypothèses d’évolution des règles de recrutement et de sortie, en particulier celles résultant des changements statutaires décidés en 2002.