Les migrants face au sida : entre gestion des risques et contrôle social

L'exemple de la vallée du fleuve Sénégal

par Richard Lalou  Du même auteur

      Victor Piché  Du même auteur

Résumé

Même si de nombreux travaux ont déjà mis en évidence l’existence d’une relation entre mobilité et sida, les mécanismes complexes sous-jacents à cette relation demeurent aujourd’hui mal connus. L’étude présentée ici s’appuie sur une enquête réalisée en 2000 dans la vallée du fleuve Sénégal ; elle examine explicitement le lien entre migration et comportements sexuels à risque en milieu de retour (risque de diffusion) en utilisant un cadre conceptuel qui tient compte : 1) de divers types de mobilité, 2) de contextes sociaux différents et 3) des non-migrants. Le niveau macrosocial est ici représenté par le choix de deux zones de la vallée du fleuve Sénégal fortement contrastées sur les plans de la mobilité et des contextes socio-économiques. De façon globale, les analyses montrent que l’ effet net de l’ expérience migratoire est significatif dans certains contextes sociaux et selon la position sociale des migrants dans le milieu de retour. Les migrants internationaux échappent au risque social de stigmatisation en optant pour la fidélité, tandis que les migrants internes réduisent les risques d’infection par un usage fréquent du préservatif. L’influence plutôt inhibitrice de la migration sur les pratiques sexuelles à risque en milieu de retour pourrait expliquer la situation favorable du Sénégal où l’ épidémie du sida est modérée et relativement stable, comparativement à la plupart des pays de la région. Les actions d’information et d’éducation doivent tenir compte du contexte social en favorisant à la fois des comportements responsables chez les individus et des réponses communautaires tournées vers une protection solidaire.