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Les mort-nés à Paris au XIXe siècle : enjeux sociaux, juridiques et médicaux d’une catégorie statistique

par Vincent Gourdon  Du même auteur

      Catherine Rollet  Du même auteur

Résumé

Au XIXe siècle, le taux de mortinatalité de Paris dépasse celui du reste de la France, et représente près d’une naissance sur dix en fin de siècle. Ces résultats, fournis par les institutions statistiques, renvoient à la difficile appréhension de la catégorie des mort-nés, située aux frontières de la vie et de la mort, et à la superposition de différents regards sociaux. Après un retour sur la législation de l’Ancien Régime et de la Révolution, l’article montre la confusion qui a régné à partir de 1806 dans la définition des modalités d’enregistrement des mort-nés, en raison des pressions multiples des différents ministères, et qui expriment les visions contradictoires du monde judiciaire et des statisticiens. Cette confusion a longtemps empêché de distinguer les « vrais mort-nés » des « faux mort-nés ». En outre deux facteurs ont à Paris contribué à rehausser le niveau de la mortinatalité : la mise en place précoce dans la capitale de la vérification médicale à domicile des naissances et décès, qui a amélioré l’enregistrement des mort-nés ; la crainte obsessionnelle de l’avortement criminel qui a conduit à un contrôle renforcé des fausses couches et à un enregistrement comme mort-nés d’embryons d’âge gestationnel de plus en plus précoce.

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