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La pellagre en Italie à la fin du XIXe siècle : les effets d’une maladie de carence

par Monica Ginnaio  Du même auteur

Résumé

Dans de nombreux pays du monde, à différentes époques, la consommation de maïs comme unique denrée alimentaire a mené à la pellagre. Maladie causée par une extrême pauvreté nutritionnelle, l’avitaminose B3 est une maladie de carence due à la déficience en niacine et en tryptophane. Depuis la fin du XVIIIe siècle, en Italie du Nord et particulièrement en Vénétie, la pellagre demeure endémique jusqu’aux années autour de la première guerre mondiale. Le bouleversement causé par le « mal de la misère » n’affecte qu’une seule classe sociale, celle dont l’alimentation est totalement fondée sur la consommation de polenta de maïs : les paysans, notamment les journaliers, catégorie professionnelle particulièrement défavorisée. Fondée sur des sources documentaires d’origines diverses et entreprise dans une perspective pluridisciplinaire, cette analyse retrace les mécanismes épidémiologiques, sociaux, politiques et démographiques qui ont mené à la diffusion de la pellagre principalement parmi les agricultrices vénètes et lombardes en âge reproductif. L’observation de l’impact démographique de la maladie sur la population paysanne féminine engage une discussion à propos des éventuelles conséquences sur la natalité et la fécondité des populations de ces deux régions à la fin du XIXe siècle.