Dossier ECAF

L’entrée en sexualité à Rabat : les nouveaux « arrangements » entre les sexes

par Fatima Bakass  Du même auteur

      Michèle Ferrand  Du même auteur

Résumé

Au Maroc, l’ordre social et religieux repose encore aujourd’hui sur des valeurs telles que l’honneur et le prestige du groupe familial qui proscrivent la sexualité féminine prénuptiale, et font de la préservation de l’hymen la preuve irréfutable de la réussite de l’éducation familiale. À travers l’enquête qualitative ECAF menée entre 2006 et 2008, l’article montre que l’effet cumulé de la crise (qui réduit pour les jeunes hommes l’accès au marché du travail et la possibilité d’entretenir une famille) et de la généralisation de la scolarisation (plus particulièrement des jeunes filles) a entraîné un retard de l’âge au mariage et favorisé le développement d’une sexualité prémaritale. Les individus non mariés vivent alors dans une tension continue entre leurs aspirations affectivo-sexuelles et le respect des normes sociales et religieuses qui considèrent déviante la sexualité hors union. La sexualité étant de plus en plus vécue comme une expérience individuelle, chacun est amené à opérer une sorte de « bricolage culturel », possible du fait que les actes sexuels ne sont pas directement observables et que le contrôle social fléchit avec les transformations de la société. Le recours à une sexualité non pénétrative apparaît alors comme un « arrangement » nouveau entre les sexes, permettant de transgresser l’interdit sur la sexualité prénuptiale tout en en respectant l’élément essentiel : la virginité féminine.

Plan de l’article
  • Introduction : contexte des pratiques sexuelles au Maroc
    • Méthodologie
  • Le premier partenaire comme futur conjoint pour les femmes ’
  • Protéger la virginité
  • Les différences intergénérationnelles
  • La perte accidentelle
  • Une transgression moins dramatique
  • Quand la transgression est revendiquée
  • Conclusion : des arrangements qui ne menacent guère la domination masculine