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Plus diplômées, moins célibataires. L’inversion de l’hypergamie féminine au fil des cohortes en France

par Milan Bouchet-Valat  Du même auteur

Résumé

L’hypergamie féminine, définie comme la propension des individus à former des couples au sein desquels la femme se trouve en infériorité par rapport à l’homme, est un phénomène largement observé. Cet article analyse la formation des premières unions à l’aide de l’enquête Étude de l’histoire familiale 1999. Les couples dans lesquels la femme est plus diplômée que son conjoint sont plus fréquents que le cas inverse en France depuis les cohortes nées à la fin des années 1950. Ce mouvement est principalement dû à l’allongement de la scolarité des femmes qui sont désormais plus diplômées que les hommes, mais va au-delà de ce qu’imposait l’évolution de la structure de la population (hypergamie relative), traduisant une modification des préférences des individus. Enfin, nous observons que le célibat définitif des femmes n’augmente plus avec leur diplôme, alors que les plus diplômées nées avant-guerre étaient fortement désavantagées sur le marché conjugal. À l’inverse, le célibat définitif des hommes non diplômés s’est accentué, signe de l’effet négatif persistant des difficultés d’insertion professionnelle sur la conjugalité masculine. Ces résultats indiquent un net recul de la norme d’hypergamie féminine en termes de diplôme – dont la portée demeure cependant incertaine.

Plan de l’article
  • La conception classique de l’hypergamie féminine : un modèle fortement genré
  • L’évolution temporelle : des facteurs d’affaiblissement de l’hypergamie
  • Les travaux existants : baisse et inversion de l’hypergamie
  • L’hypogamie féminine est devenue la situation la plus fréquente
  • L’inversion persiste au-delà des évolutions structurelles
  • Modélisation de la première mise en couple au fil des cohortes
  • L’évolution de la proportion de célibataires définitifs selon le diplôme
  • Conclusion
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