Bibliographie critique

Becker Howard S., 2016, La bonne focale. De l’utilité des cas particuliers en sciences sociales, Paris, La Découverte, Grands repères, 272 p.

par Méoïn Hagège  Du même auteur

Cet ouvrage est la traduction française par Christine Merllié-Young de l’ouvrage de Howard Saul Becker intitulé What about Mozart’ What About Murder’ Reasoning from Cases, publié en 2013 (University of Chicago Press).

Il s’agit du dernier ouvrage de l’un des sociologues les plus étudiés de la seconde École de Chicago, tant pour ses contributions dans le domaine de la sociologie des discriminations, de la déviance ou de l’art (Outsiders, Les mondes de l’art…), que pour ses ouvrages de méthodologie particulièrement pédagogiques (Le travail sociologique, Les ficelles du métier…).

L’ouvrage est constitué de sept chapitres, qui posent les jalons de la méthode : analyse de cas qui permettent par analogie d’aboutir à des hypothèses plus générales sur les processus sociaux. Ce que l’auteur nomme « les boîtes noires », leurs inputs et leurs outputs sont l’outil central de comparaison de cas pour comprendre les principes de la structure sociale. Il argue que les processus sociaux peuvent être élucidés en analysant leurs « intrants » et ce qu’ils produisent en « sortie ».

L’ouvrage est à la fois un témoignage et un plaidoyer pour le raisonnement par analogie dans la recherche en sciences sociales. H.S. Becker décrit de manière précise et didactique pourquoi et comment il se sert de cas particuliers, pour graduellement les généraliser et élaborer des théories sociologiques. Ces cas sont divers et variés : l’auteur s’appuie sur ses propres travaux et sur d’autres provenant notamment de la sociologie pragmatique américaine, ainsi que sur des expériences personnelles, des anecdotes et des cas fictifs. Il utilise l’exemple de l’un de ses articles sur les effets de la drogue et les savoirs profanes pour illustrer sa notion de « boîte noire » : il reprend mot pour mot des passages de « Consciousness, power and drug effects » (1973) puis de « Drugs and politics » (1977) pour en expliciter, étape par étape, le raisonnement et l’ouverture progressive de la « boîte noire » qui fait de certains usagers de psychotropes des déviants. Le résultat est une démonstration particulièrement pédagogique de l’élaboration des théories sociologiques à partir d’observations empiriques et de travaux scientifiques.

L’auteur plaide pour une sociologie inspirée par une culture générale large plutôt que seulement par des travaux sociologiques spécialisés. Trouver des cas différents et inspirés, y compris imaginaires, est le meilleur moyen selon lui d’aérer la discipline et d’entretenir une curiosité scientifique, pour continuer de faire de la sociologie une science innovante.

Si la traduction est parfois maladroite et le contenu en partie publié ailleurs, cet ouvrage éclairera un lectorat étudiant en sciences sociales, à la recherche de conseils pratiques pour produire des travaux sociologiques rigoureux et innovants. Il est un rappel bien utile à l’ouverture indispensable de la sociologie sur le monde qui l’entoure.