Bibliographie critique

Mukherjee Siddhartha, 2017, Il était une fois le gène. Percer le secret de la vie, Paris, Flammarion, 672 p.

par Gil Bellis  Du même auteur

Oncologue américain d’origine indienne, S. Mukherjee raconte ici une histoire originale et passionnante de la génétique. Ce livre est d’abord une fresque historique où l’on voit se dérouler sur près de 150 ans les épisodes les plus marquants de la discipline. Du moine Gregor Johann Mendel qui débuta au début des années 1850 ses expériences d’hybridation sur des souris, des fleurs puis des pois, jusqu’à la fin des années 1990 qui vit le lancement du projet Génome humain et l’avènement de la thérapie génique, on assiste peu à peu à l’évolution des idées et à la compréhension des lois de l’hérédité et de la reproduction. En regard de cette aventure scientifique, on découvre des personnalités, des jeux d’influence, des luttes intestines et les circonstances, parfois anecdotiques, dans lesquelles certaines découvertes fondamentales en biologie ont été faites.

L’originalité de cette approche historique de la génétique tient certainement au fait que S. Mukherjee nous conte également l’histoire de sa famille. Celle-ci est touchée par la schizophrénie et la psychose maniaco-dépressive, des pathologies que présentent deux de ses oncles et un de ses cousins. L’auteur nous fait ainsi partager, en quelque sorte de l’intérieur, les difficultés vécues au quotidien par ses proches, le déni et le refoulement de certains d’entre eux, la nécessité mais aussi la crainte de recourir à un diagnostic de maladie génétique pour savoir, en matière de santé, de quoi sera fait l’avenir. Cette dimension personnelle se double d’un engagement que manifeste l’auteur à l’encontre de certains aspects de la génétique. L’eugénisme de Francis Galton fait l’objet, notamment, d’un chapitre à part entière où sont rappelées les dérives que des États ont connues dans le passé par pure idéologie.

Ce livre, certes passionnant et fort bien documenté, souffre cependant d’une certaine faiblesse épistémologique. À s’en tenir au fil qui a engendré par étapes la construction et le développement des concepts, l’auteur restitue une histoire somme toute linéaire et quasi continue de la biologie. En cela, il n’a pas la portée qu’on peut trouver en particulier chez François Jacob, qui a écrit une histoire de l’hérédité en considérant que « Chaque époque se caractérise par le champ du possible que définissent non seulement les théories ou les croyances en cours, mais la nature même des objets accessibles à l’analyse, l’équipement pour les étudier, la façon de les observer et d’en parler. C’est seulement à l’intérieur de cette zone que peut évoluer la logique. »1