Défaire et refaire un groupe à risque. Objectivation et prévention du sida chez les homosexuels masculins à l’ère des antirétroviraux

par Mathieu Trachman  Du même auteur

      Maud Gelly  Du même auteur

      Gabriel Girard  Du même auteur

Résumé

Au cours des années 1990, la lutte contre le VIH est devenue une cause nationale dont les actions de prévention s’adressent à l’ensemble de la population afin de prévenir toute stigmatisation. Dans les années 2000, la reconnaissance de l’existence de « groupes à risque » n’a plus posé problème et a déterminé des actions plus ciblées. Constatant la recrudescence des prises de risques, les acteurs de la prévention se sont donnés les moyens de saisir les groupes au plus près de leurs comportements. À partir du cas des homosexuels masculins, l’article analyse deux innovations récentes qui incarnent cette tendance : la démédicalisation du dépistage et la prophylaxie préexposition. Celles-ci permettent de montrer que l’évolution observée ne se résume pas à l’explicitation de ce qui devait être passé sous silence, mais suppose un travail d’objectivation renouvelé, de mobilisation d’individus appartenant à la population ciblée et d’une certaine conception de l’individu preneur de risques. Le repérage des comportements à risque permet aussi de délimiter les populations sur lesquelles il est possible d’intervenir et la mise en place d’outils pour y parvenir.

Plan de l’article
  • I. Comment s’établit le relâchement de la protection ’ Identification de nouveaux comportements à risque et évolutions du travail d’objectivation
    • 1. De nouvelles populations cibles
    • 2. La redéfinition des pratiques à risque
  • II. L’ignorance et l’impuissance : le renouvellement des pratiques de prévention
    • 1. Du dépistage renforcé au dépistage ciblé
    • 2. La prophylaxie préexposition : prendre en charge les gays qui n’arrivent pas à se protéger
  • Conclusion